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Romeo is a Dead Man

Du SUDA51 à l'état brut

Deadford. Petite bourgade américaine sympathique, connue pour sa variété de tomates, se révèle être un endroit calme, peut-être même ennuyeux, mais où il fait bon y vivre. Et pourtant, cette ville va être le théâtre d’une série d’événement qui vont bouleverser la vie de ses habitants, que dis-je, de l’univers… 5 ans après No More Heroes 3, le studio Grasshopper Manufacture revient et nous propose une nouvelle aventure totalement loufoque, ce qui ne tranche pas avec le ton de leurs œuvres précédentes.



ROMEO IS A PIECE OF ART

J’ai tenté de rédiger ce test de manière conventionnelle, et je dois dire que l’exercice n’est pas des plus simple… au bout de deux pages, je me suis rendu compte que j’étais loin d’avoir tout dit, sans avoir la moindre idée de comment réduire ce pavé infâme. Et c’est peut-être là qu‘est toute la difficulté de parler de Romeo is a Dead Man, qui à mes yeux ressemble plus à une œuvre abstraite à accrocher dans un musée d’art moderne qu’à un jeu vidéo. Dès les premières minutes, je plonge dans un maelstrom de directions artistiques à ne plus savoir où donner de la tête : intro en stop motion, interludes façon comics, effets fluos qui contrastent avec un environnement plutôt sombre, un vrai patchwork. Malgré des graphismes un peu en deçà des productions actuelles, je trouve que le jeu se démarque par la multitude de styles utilisés, lui conférant ainsi une aura particulière.


Et le scénario va suivre cette même logique : on apprend très vite que Romeo, désireux de suivre sa belle Juliet hors des murs de sa Deadford natale, se retrouve nez à nez avec un espèce de zombie qui aura raison de l’un de ses bras ainsi que d’une partie de son visage. Fort heureusement, son grand-père Benjamin, inventeur de génie (qui vous rappellera un certain Rick, saupoudré d’un soupçon d’Emmett Brown), débarque sans crier gare, et sauve le jeune garçon in extremis en le transformant en DeadMan à l’aide d’une de ses inventions, lui donnant par ailleurs le moyen de combattre ces êtres surnaturels.


ROMEO IS A RANDOM MAN

L’histoire aurait pu s’arrêter ici, mais on découvre ensuite que l’espace-temps est plongé dans le chaos le plus total, et que l’univers s’effrite peu à peu, et que Juliet semble être au centre de cette catastrophe. C’est pourquoi DeadMan est recruté par le FBI spatio-temporel (oui, vous avez bien lu), afin de retrouver sa bien-aimée et corriger ces anomalies temporelles en éliminant les alter-égos de Juliet et les criminels spatio-temporels qui sèment le trouble. Bon… Je ne peux pas décemment dire que cet enchaînement scénaristique est des meilleurs, mais il y a un je-ne-sais-quoi de complément absurde avec ce postulat de départ qui me fascine, et c’est peut-être la tout l’intérêt et le charme de Romeo is a Dead Man.

ROMEO IS A ROMANTIC MAN

Un peu d’histoire, le studio Grasshopper Manufacture a été fondé par Goichi Suda, que vous connaissez probablement sous le nom de SUDA51. Ceux qui ont déjà pratiqué ses autres titres (No More Heroes, Killer7…) verront où je veux en venir, pour les autres, disons que l’esprit de SUDA51 a donné naissance aux jeux les plus étranges qu’il m’ait été donné de voir, et son dernier bébé ne déroge pas à la règle. En fait, tout me fait penser à une lettre d’amour à la pop culture d’hier et d’aujourd’hui ; un côté science-fiction avec ces voyages dans le temps, des personnages inspirés de nombreuses autres œuvres (j’ai déjà parlé du grand-père de Romeo probablement inspiré par Rick & Morty et de Retour vers le futur), des phases de jeu empruntées à différents genres (on y trouve même un peu de dating sim), … Une espèce de monstre de Frankenstein qui ne fait aucun sens et qui ne devrait pas exister, mais qui est quand même là, et bizarrement qui fonctionne ?


ROMEO IS AN ADVENTURE MAN

Niveau gameplay, chaque chapitre est composé d’une boucle bien rôdée : on détecte une anomalie, on la parcourt, on accède à sons sous-espace pour retrouver les morceaux de la clé Klista (l’équivalent de la clé du boss dans Zelda), puis vient le moment fatidique de la rencontre avec le maître des lieux. Concernant le sous-espace, il s’agit d’une dimension de poche reliée au vrai monde sans aucun ennemi, mais à la place des énigmes de type labyrinthe qu’il faudra résoudre pour avancer. Et très franchement, ces phases ont été une vraie surprise pour moi. En plus de donner un petit moment de répit entre deux massacres de zombies, ces zones sont très bien pensées, et même si vous n’allez pas non plus vous casser les neurones dessus, leur construction est intelligente et les traverser procure plus de plaisir qu’il n’y paraît.


ROMEO IS AN ARMED MAN

Dans sa progression Roméo ne part pas les mains vides, 4 armes de mêlée ainsi que 4 armes à distances viennent composer son arsenal. Le choix de ces dernières est laissé au soin du joueur ; selon le style de combat qui vous plaît, vous aurez tendance à favoriser l’une ou l’autre, sachant que cela n’a peu voire pas d’impact. Vous préférez donner des coups rapides sans temps de pause, les gants sont faits pour vous. Vous êtes plutôt du type bourrin et préférez les gros dégâts à la vitesse, l’épée à deux mains vous conviendra. Personnellement je suis un adepte de la lance, un bon compromis entre dégâts et portée.

A tout ça vient s’ajouter des espèces de familiers aux compétences variées, affectueusement appelés « Bâtards » (oui, Bâtards, ça ne s’invente pas…). Vous débloquez ces derniers en récoltant des graines dans les coffres ou lâchées par les ennemis vaincus, et en planant ces dernières dans des petits carrés de terre disponible sur le vaisseau mère. Le système est assez simple, mais je me suis surpris à prendre beaucoup de plaisir à les débloquer, et à tous les essayer (à la manière d’un Pokémon, là aussi les plus observateurs y verront peut être une référence dans le jeu) afin de trouver ceux qui conviennent le mieux à mon style de jeu.


Le bestiaire n’est pas spécialement fourni, à l’exception des boss et des zombies de base, vous retrouverez un peu moins d'une dizaine de créatures différentes. Même si cela paraît peu, chaque ennemi à un pattern distinct et demandera une stratégie différente pour en venir à bout. Un système de point faibles visibles viendra cependant vous guider sur la manière la plus efficace de s’en débarrasser. De plus, une attaque spéciale sobrement appelée "Été sanglant" et toute en couleurs vous épaulera lors de situations difficiles en infligeant des dégâts élevés aux ennemis qui vous entourent, tout en remplissant une partie de votre barre de vie. Afin de ne pas abuser de ce coup, vous devrez au préalable faire monter votre gauge de sang en attaquant les envahisseurs.



Même si le système de combat ne révolutionne pas le genre, il offre au joueur un certain degré de flexibilité, ce qui participe à ajouter un dynamisme très agréable. Un gros point noir subsiste, je trouve que la caméra n’est franchement pas arrangeante, je ne compte pas le nombre de fois où je me suis retrouvé dans des positions peu avantageuses, incapable de viser correctement, entouré par une vague d’ennemis causant ma perte…

ROMEO IS AN UPGRADED MAN

L’amélioration des statistiques de Roméo se fait principalement de deux manières : via l’upgrade de ses armes, et un mini-jeu appelé DeadGear Cannonball, où vous contrôlez une petite machine dans un labyrinthe à la Pac-Man où sont éparpillés différent power-up à récupérer. Pour faire avancer la petite machine, vous devrez utiliser la fluomasse émeraude (monnaie du jeu) récoltée lors de l’exploration. La difficulté générale n’est pas particulièrement élevée, mais vous aurez besoin de passer par là pour avancer confortablement.


Points forts

  • La direction artistique originale
  • Les combats dynamiques
  • La variété dans les phases de jeu

Points faibles

  • La caméra
  • Le manque de variété du bestaire


VERDICT 7.5/10

Au final, même si le gameplay reste très classique, la direction artistique complètement délurée et assumée, les différences de style entre les phases de jeu, le dynamisme des combats, rendent l’expérience amusante et rafraîchissante. Certes, ce ne sera probablement pas le GOTY, et ce n’est clairement pas un titre à mettre entre toutes les mains, mais je recommande chaudement ce jeu aux habitués du studio, et aux joueurs à la recherche d’une expérience nostalgique et délirante, sans prise de tête. Pour ceux qui n'adhèrent pas au grain de folie de SUDA51, l'aventure risque d'être un peu compliquée, mais pour les autres, accrochez votre ceinture, et laissez vous embarquer dans ce voyage où vous n'êtes pas prêts de vous ennuyer !

Critique rédigée par Ritsuki
Publié le

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