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Pokémon XD : Le Souffle des Ténèbres

Ou le retour du somnifère

On ne va pas se mentir, l'arrivée de ce spin off Pokémon sur le Nintendo Switch Online le 18 mars 2026 a de quoi laisser perplexe. Dans un mouvement dont seul Nintendo a le secret, ils nous balancent donc Pokémon XD : Le Souffle des Ténèbres sans passer par la case Pokémon Colosseum. C’est un peu comme si on vous servait le dessert avant l’entrée, mais un dessert resté vingt ans au congélateur. Sorti initialement en 2005, à l’époque où la Game Boy Advance rendait son dernier soupir devant l'insolente DS, cet à côté signé Genius Sonority tente de nous refaire le coup du RPG de salon "DarkSasuke74". Autant vous dire qu'après l'excellent Pokopia et les rééditions de Vert Feuille/Rouge Feu que j'ai adoré reparcourir, le retour à ce truc dépassé pique un peu les yeux.


D’entrée de jeu, le choc est visuel. On nous vend du rêve avec une cinématique de kidnapping de paquebot par un Lugia Obscur, mais dès que le moteur du jeu prend le relais, c'est la douche froide. Déjà qu'elle était tiède pendant la cinématique. On se retrouve avec des environnements vides et des animations qui semblent dater de l'ère Nintendo 64. La preuve que la technique à la ramasse de la licence ne date pas d'hier. C’est d’autant plus rageant quand on se rappelle que Luigi’s Mansion, qui a accompagné la sortie de la console 4 ans auparavant, enterre techniquement ce pauvre Pokémon au visage noirci. La direction artistique est discutable, quant à la bande-son, elle s'oublie plus vite qu'un cours de physique-chimie.

Du héros badass au stagiaire en comptabilité

Et que dire du héros... si le protagoniste de Pokémon Colosseum exhalait une aura de badassitude absolue, celui de Pokémon XD a autant de charisme qu'une huître périmée. En VF, le jeu vous propose de le nommer Florent, Théo ou Vincent... des prénoms qui inspirent plus la gestion d'un fichier Excel que le sauvetage du monde. On commence l'aventure dans un centre de recherche avec un Évoli, on récupère une petite sœur encombrante chez un savant fou au Manoir Barjac, et on se retrouve avec le Snatcher sur le bras. Cet accessoire, qui permet de voler (pardon, de "sécuriser") les Pokémon obscurs des méchants, est le cœur du gameplay. Le problème, c'est que ce cœur bat très lentement.



La structure du jeu est d'une linéarité effrayante. Oubliez la liberté des versions portables : ici, on suit des points sur une carte, on subit une cinématique de trajet et on enchaîne les combats de dresseurs. C'est le syndrome du couloir version monstres de poche. Même le sentiment de voyage, un des piliers de la licence, est piétiné. Toute comme l'envie insatiable de collectionnite. On ne découvre pas le monde, on se téléporte de zone en zone. Quant à la mécanique de purification, c'est une purge ergonomique. Capturer un Pokémon, attendre que son niveau de conscience baisse, le passer à la machine... c’est long, c'est pénible, et ça bride complètement l’utilisation optimale de votre équipe. On a l'impression de diriger des Pokémon en période d'essai qui ne demandent qu'à démissionner au premier ordre un peu complexe.



Rien ne peut sauver les meubles

Certes, les combats en double conservent un certain intérêt tactique et le design du Lugia Obscur reste l’un des plus réussis de la franchise à mon sens. Mais cela suffit-il à justifier de s'infliger vingt heures d'un RPG qui semble avoir été développé avec dix ans de retard ? Sur Switch 2, amputé de ses fonctions de connexion GBA, le titre perd encore plus de son intérêt historique. En réalité, la plus grande force de Pokémon XD en 2026, c’est son efficacité redoutable contre l’insomnie. Quinze minutes de jeu suffisent à faire piquer du nez le plus endurci des joueurs.

Si vous êtes nostalgiques ou curieux, jetez-y un œil, mais préparez le café. On est loin, très loin de la fraîcheur d'un Légendes : Arceus, pour ne citer qu’un spin-off plutôt apprécié par la communauté. C’est un souffle, certes, mais surtout celui d'une époque qu'on a peut-être bien fait de laisser derrière nous. Et c'est un retrogamer qui a aimé Pokémon ZA qui vous le dis. Oui, je sais, ce n'est pas tous les jours que je défonce un jeu estampillé Pikachu et compagnie. Mais là, ça fait du bien par où ça sort.

Points forts

  • Le 2v2 force enfin à réfléchir plutôt qu'à marteler la touche A.
  • Punir les dresseurs arrogants reste un plaisir coupable jubilatoire.

Points faibles

  • On passe d'un héros badass à un gamin qui a le nom de votre comptable.
  • Une progression si lente qu'elle endormirait un Hypnomade sous caféine.
  • La purification transforme l'aventure en corvée administrative.
  • De l'exploration ? Quelle exploration ?


Colosseum-2/10

Ce portage est une curiosité pour archéologues ou insomniaques. Malgré le style indéniable du Dark Lugia, le jeu accuse un retard technique violent et une rigidité qui rend la progression plus proche du stage en entreprise que de l'aventure épique. À tester si vous avez le forfait online premium, mais n'en attendez pas le fameux souffle promis : c'est tout juste un petit courant d'air nostalgique qui s'essouffle en quelques heures.


Critique rédigée par SoosKratoS
Publié le

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