« Je ne suis pas venu ici pour souffrir, okay ? »
Si c’est ce que vous vous répétez à chaque fois que vous lancez un jeu, alors passez votre chemin, âmes égarées ! La simple lecture de ce test suffirait à vous faire saigner des yeux. Ici, vous n’êtes rien d’autre qu’un morceau de viande. Et je sais de quoi je parle : j'ai moi-même l'habitude de jouer à tous mes jeux en mode facile. Vous n’êtes pas prêt. Et moi non plus.
Avant de parler 3D, parlons 2D, avec Super Meat Boy premier du nom. Sorti en 2010, ce petit bijou de cruauté est né de l'imagination fertile (et probablement un peu tordue) d'Edmund McMillen et Tommy Refenes. Il est l’exemple du jeu indé réussi par excellence aux côtés de Braid, Limbo ou encore Fez.
Le concept ? Un cube de viande écorché qui doit sauver sa bien-aimée des griffes d'un fœtus en smoking. On l'a encensé pour sa précision chirurgicale, mais surtout pour sa capacité à transformer des millions de joueurs en tas de nerfs hurlants devant leur écran. C'est le jeu qui a prouvé au monde entier qu'on pouvait adorer mourir 400 fois par minute, pourvu que la musique soit bonne et que le calvaire soit instantanément rejouable.
Et oui, disons les termes : j’y ai joué mais je n’ai jamais fini le jeu, pucelle que je suis. Sa suite, Super Meat Boy : Forever a été reçu de manière bien plus mitigée et pour être franc, je ne m’y suis jamais intéressé. Mais j’ai enfin décidé de devenir un homme, un vrai de vrai, de ceux qui ne pleurent jamais. Je me suis alors proposé pour réaliser le test de ce Super Meat Boy 3D. Je n’aurais pas dû. Ma femme me console encore chaque soir depuis que je l’ai lancé sur sa version Playstation 5.
Suite au départ d’Edmund McMillen, Tommy Refenes a repris seul les rênes de la franchise. Via le studio Team Meat, le co-créateur multiplie désormais les déclinaisons de la licence, franchissant aujourd'hui l'étape de la 3D grâce à une collaboration avec l’équipe de Sluggerfly, les auteurs de Hell Pie. Alors, que vaut ce Super Meat Boy 3D ?
Côté scénario, la recette reste fidèle à l'original, mais elle nous est ici servie via de courtes cinématiques particulièrement jolies et réussies. Ne cherchez pas de curseur de difficulté classique : le titre mise uniquement sur des options d’accessibilité et un tutoriel de départ pour nous mettre en train. Le jeu s’avère d’ailleurs plutôt plaisant dans sa structure puisque, dans chacun des cinq mondes, vous êtes libre d’aborder les niveaux dans l’ordre de votre choix, à l'exception notable du boss. Les développeurs ont également eu la brillante idée d’intégrer un indicateur visuel, un petit rond rouge, à l’endroit exact où vous allez atterrir. Grâce à cela, vous n’avez plus l’excuse facile du « je ne savais pas où j’allais tomber ».
La palette de mouvements est complète : on peut se déplacer dans toutes les directions, sauter, effectuer des ruées aériennes, frapper le sol ou sprinter avec R2. Petite subtilité technique, il est également possible de courir sur les parois en maintenant la touche X au contact du mur. Si vous pensiez pouvoir comparer ce passage à la 3D de Super Meat Boy à celui de Super Mario Bros — deux licences qui partagent d'ailleurs le même acronyme SMB — sachez que l'expérience n'a absolument rien à voir. Ici, le jeu se compose de niveaux courts qui s’enchaînent sur une carte ou à la suite dans une vue que l'on pourrait qualifier d'isométrique. On oublie donc les mondes ouverts et l'exploration à la Super Mario 64 pour se concentrer sur l'adrénaline pure.
L’essentiel de la licence est pourtant bien préservé : des contrôles d’une précision chirurgicale, un univers complètement barré, un scénario digne des années 90 et des musiques absolument entraînantes. Le bouton Triangle devient d'ailleurs votre meilleur ami, ou votre pire ennemi, puisqu'il permet de relancer le niveau instantanément. L'absence de checkpoints transforme chaque niveau en un sprint de haute voltige où il faut rallier le point A au point B d'une traite. Le titre est d'ailleurs viscéralement taillé pour le speedrun, proposant même un mode dédié dans les paramètres pour les acharnés du chrono. Pour un speedrunner digne de ce nom, le jeu devient presque infini tant l'optimisation des trajectoires est gratifiante.
La collectionnite est aussi de la partie avec un pansement à dénicher dans chaque niveau. En en débloquant suffisamment, ou en remplissant certaines conditions cachées, vous aurez le plaisir de débloquer d’autres personnages jouables. Chaque fin de monde est ponctuée par un combat de boss, introduit par une cinématique qui fait office de véritable récompense pour être arrivé jusque-là, tout comme la conclusion du combat. Un détail particulièrement bien vu réside dans les traces de sang qui s'accumulent au fil de vos échecs : à force de recommencer, vous visualisez précisément vos trajectoires réussies ou, au contraire, les zones fatidiques où vous avez lamentablement échoué.
Ne faites pas trop les fiers si vous parvenez à bout du "Monde des Lumières". La véritable montagne se trouve dans le "Monde Sombre", qui exige d'obtenir une note d'excellence dans chaque niveau classique avant même d'espérer relever le défi. C’est un challenge colossal, sachant que la réussite simple est déjà une épreuve en soi. Soyons clairs : le jeu est difficile, voire impitoyable si vous visez le 100 %. J’ai même envie de dire impossible pour un profil de joueur comme le mien. Finir la quête principale a déjà été suffisamment hardcore, même si je sais que pour certains experts, ce ne sera qu'une simple promenade de santé, voir un gros tuto. Un conseil d'ami : faite attention à votre manette et n'hésitez pas à faire une pause. Quand on bute trop longtemps sur un obstacle, s'aérer l'esprit est souvent la meilleure solution pour réussir au retour. Le jeu vous le rappelle d’ailleurs dans ses temps de chargement, même si on ne sait pas toujours s’il cherche à être bienveillant ou à se foutre de notre gueule.
Le défi ultime consiste à terminer le Monde Sombre avec certains personnages spécifiques, que je ne vous dévoilerai évidemment pas dans ce test. Bonne chance !
J’ai pu constater que certains testeurs ont pesté contre des soucis de perspective ou de lisibilité. Pour ma part, ça ne m’a jamais dérangé et je suis toujours parti du principe que chaque mort était de ma faute. Même si mon cerveau a parfois voulu me faire croire le contraire pour me rassurer. Alors oui, sur l’entierteté du jeu il y a probablement quelques passages injustes ou mal équilibrés mais à mon sens, pas au point de lui enlever des points sur ma note finale. C’est donc complètement lessivé mais fier de moi que je peux vous recommander ce Super Meat Boy 3D, qui m’a rappelé philosophiquement l’un de mes jeux préférés : ClusterTruck.
Ce passage à la troisième dimension est une réussite qui ne trahit jamais l'ADN de la série. C’est un titre qui vous brisera moralement, qui mettra vos nerfs en pelote et votre manette à rude épreuve, mais qui vous récompensera pour chaque niveau réussi. Que vous soyez un speedrunner en quête de perfection ou un simple mortel comme moi, prêt à souffrir pour la gloire, l'expérience vaut le détour. À 25 boules, c’est un investissement rentable en termes de durée de vie, même si une partie du budget risque de passer dans l'achat d'une nouvelle manette ou dans des séances de thérapie. Entre fascination et pure frustration, c’est un jeu que j’ai adoré détester.