J’aimerais dire que j’ai longuement réfléchi avant de lancer Pigeon: A Love Story. Que j’ai étudié son concept, ses intentions, son gameplay… Que nenni. Le titre m’a suffi pour cliquer. Évidemment ! Il en faut peu pour attirer un pigeon. Et me voilà quelques minutes plus tard à survoler Londres, à battre des ailes et à cliquer machinalement… en essayant surtout de comprendre ce que je suis venu faire là.
Entre simulation contemplative et expérience artistique assumée, Pigeon: A Love Story propose d’incarner un pigeon à la recherche de son âme sœur dans des villes recréées à grande échelle. Une promesse intrigante, presque poétique, qui, une fois en main, se dissipe pourtant assez vite pour laisser place à un flou persistant.
Sur le papier, Pigeon: A Love Story coche toutes les cases du projet indé intrigant. Le concept est simple : incarner un pigeon dans des versions stylisées de grandes villes comme Londres ou Paris, afin de retrouver une âme sœur ailée perdue dans l'immensité urbaine. Une idée séduisante… qui semble encore attendre son incarnation.
Pigeon: A Love Story repose sur une boucle de gameplay d’une sobriété presque désarmante : survoler la ville, marteler le clic gauche pour interagir avec les autres pigeons (qui, dans un élan de générosité toute relative, distillent quelques indices sur la localisation de votre prétendue âme sœur) et tenter de repérer les différents points d’intérêt disséminés sur la carte. En bref, on picore des mécaniques… sans jamais trouver de quoi se sustenter réellement.
Chaque ville propose aussi une cinquantaine de “lieux d'intérêts” à découvrir. Sur le principe, de quoi structurer l’exploration. Dans les faits, ces objectifs ne débouchent sur rien de réellement tangible. Aucun système de progression, aucune mécanique qui évolue, aucune récompense digne de ce nom : seulement une checklist à compléter, au fil d’une errance libre et répétitive. Une chasse aux points d’intérêt où l’intérêt reste obstinément introuvable.
Là où le jeu convainc davantage, c’est dans son atmosphère. Sa direction artistique minimaliste, entre teintes désaturées et nappes de brouillard coloré, parvient à installer une ambiance presque hypnotique. Les nuées de pigeons, omniprésentes à l’écran, donnent une impression de vie et de mouvement constante, tandis que la lisibilité reste exemplaire malgré la densité.
Le tout est soutenu par une bande-son méditative, parfaitement en phase avec cette errance aérienne. À ce niveau, Pigeon: A Love Story fonctionne pleinement comme une expérience contemplative. Au point de parfois donner l’impression que contempler suffit à jouer. Car si l’ensemble est indéniablement réussi sur le plan esthétique, il donne parfois l’impression de faire écran au reste, comme si la forme suffisait à porter une proposition qui, elle, peine encore à exister.
C’est précisément là que le projet risque de diviser. Car si le jeu revendique une approche artistique “a sim about nothing and everything”, selon son créateur, il se garde bien de fournir les clés nécessaires pour s’y engager pleinement. À chacun de trouver du sens… ou d’accepter son absence.
La fameuse “love story” promise reste ainsi invisible pendant toute la partie, avant de se manifester sous la forme d’un message succinct. Une conclusion qui tombe du ciel : rapide, inattendue, et difficile à comprendre. Et encore, parvenir à “trouver” son âme sœur relève moins d’une progression claire que d’une succession d’actions vaguement guidées par les autres pigeons. Difficile, dès lors, de trancher : choix artistique pleinement assumé… ou simple absence de structure. Dans les deux cas, le résultat reste sensiblement le même.
Pigeon: A Love Story intrigue, parfois même fascine, par son concept et son esthétique. Mais dans cette version de démonstration, il donne surtout l’impression d’un jeu qui refuse obstinément d’en être un. Une posture audacieuse… mais difficile à défendre souris en main.
Derrière ses ambitions de simulation et sa proposition contemplative, l’expérience se révèle d’une simplicité extrême, dépourvue de véritable enjeu ou d’implication. Une errance que certains pourront apprécier pour ce qu’elle est… mais qui risque surtout de laisser beaucoup de monde sur le carreau.