Capcom aime les jeux solo. Et avec Pragmata le studio japonais revient avec une proposition qui sent bon une époque qu’on croyait un peu perdue : celle des jeux AAA structurés, directs, sans gras inutile. Après des années de teasing, de disparitions inquiétantes et de retours timides, le titre finit par atterrir avec une idée simple sur le papier, mais autrement plus ambitieuse manette en main : te faire jouer à la fois celui qui tire… et celle qui comprend. Un homme, une IA, une station lunaire en ruine, dit comme ça, le jeu coche toutes les cases du sci-fi un peu balisé. Mais dès les premières minutes, quelque chose se passe : un rythme, une mécanique, une sensation presque oubliée et celle d’un jeu qui ne cherche pas à t’impressionner, mais plutôt à t’embarquer avec lui. Et contre toute attente, cela fonctionne vraiment bien.
Le cœur de Pragmata, c’est son duo. Hugh c’est le corps, le tir, le mouvement et l’instinct. Diana c’est l’esprit, le hacking, le contrôle, l’anticipation. Et le jeu ne te laisse jamais choisir. Tu n’incarnes pas l’un ou l’autre. Tu es les deux en permanence. Chaque affrontement devient alors un petit numéro d’équilibriste. Il faut tirer oui, mais surtout comprendre. Hacker pour exposer, exposer pour frapper, frapper pour survivre. Tout s’enchaîne en temps réel, sans pause et sans vraiment te laisser le droit à l’erreur. Ce qui aurait pu être un gimmick un peu pénible devient ici une mécanique centrale parfaitement intégrée. C’est fluide, lisible et surtout terriblement engageant. Il y a quelque chose de presque grisant dans cette sensation de tout contrôler… ou d’essayer tout du moins.
Ce qui surprend, c’est que cette mécanique finit par raconter quelque chose : Hugh protège et Diana guide. Sans jamais en faire trop, le jeu installe une relation qui dépasse le simple duo fonctionnel. Une dynamique asymétrique, fragile, presque instinctive, qui évoque un lien profond quelque part entre dépendance et protection. Rien n’est surligné ni forcé et c’est justement pour cela que ça fonctionne ! Et heureusement, car à côté de ça, Pragmata joue une carte risquée : celle d’un scénario au classicisme assumé.
Disons-le sans détour : Pragmata ne va pas te retourner le cerveau. Station lunaire abandonnée, IA corrompue, protocoles qui partent en vrac… en vrai, on a déjà vu ça cent fois. Le jeu ne cherche jamais à masquer son classicime, ni à jouer les petits malins avec des twists sortis de nulle part. Mais il y a une différence entre être prévisible… et être mal raconté. Et ici, ça tient. Le récit avance proprement, sans lourdeur ni incohérence, sans ces moments où tu lèves les yeux au ciel en te demandant qui a validé le script. Pragmata ne surjoue rien, il raconte simplement. Et dans un paysage où beaucoup confondent complexité et qualité, ça fait du bien.
Et puis il y a ce détail que beaucoup de jeux oublient : tenir sa promesse jusqu’au bout. Sans spoiler, la conclusion vient donner du poids à tout ce qui a été installé entre Hugh et Diana. Ce qui pouvait sembler classique, presque mécanique, prend soudain une autre dimension. Sans chercher à te secouer ou à t’impressionner, le jeu touche juste. Et dans un titre aussi centré sur ses systèmes, aussi « gameplay first », réussir à faire exister un vrai narratif émotionnel, c’est loin d’être anodin.
Structurellement, Pragmata est d’une honnêteté absolue. Un hub, des zones, des portes fermées, des capacités à débloquer, du backtracking… Rien de neuf sous la lune mais tu sais exactement dans quoi tu t’engages. Tu vois un passage inaccessible ? Tu sais que tu reviendras plus tard. Tu avances, tu améliores, tu contournes et tu recommences. C’est lisible, parfois un peu rigide et souvent prévisible, mais diablement efficace. Le refuge, point central de progression, remplit parfaitement son rôle. On y améliore ses armes, ses capacités, on y ajuste son approche. Une boucle claire, maîtrisée qui ne s’éparpille jamais. Le level design, lui, reste plus inégal. Les couloirs finissent par se ressembler, les structures se répètent, et l’exploration ne surprend que rarement. Mais le jeu compense ailleurs : par la variété de ses situations, par son rythme, et surtout par ces mécaniques qui fait que l’on ne décroche pas une fois la manette en main.
Là où certains jeux reposent entièrement sur leur idée de départ, Pragmata a la bonne idée de ne pas s’endormir dessus. Sans révolutionner sa formule, le jeu introduit progressivement de nouvelles armes, de nouvelles capacités, de nouvelles situations, et une gestion globale plus exigeante au cœur de son gameplay. Rien de spectaculaire, mais suffisamment de variations pour éviter que la mécanique ne tourne à vide et ne soit répétitive. Effet immédiat : cela procure une envie au joueur de débloquer toutes ces nouvelles possibilités !
Propulsé par le RE Engine, Pragmata tourne sans accroc. Sur PC, c’est fluide, stable, avec peu (voire pas) de bugs notables. Rien ne vient parasiter l’expérience et dans un jeu aussi basé sur la réactivité, c’est déjà une très bonne nouvelle.Visuellement, le jeu reste dans une zone de confort assumée. Stations métalliques, lumières froides, extérieur lunaires… Tout est propre et cohérent. Même constat côté audio. Les tirs claquent, l’ambiance fonctionne bien, mais la bande son reste globalement en retrait. Dans un paysage rempli de promesses, Pragmata fait partie des rares nouvelles IP qui livrent vraiment : un savoir-faire clair, un gameplay maîtrisé, une DA soignée, et un duo qui tient tout le reste. Et finalement, être sage comme une image, ça a encore de très beaux jours devant soi.
Pragmata est un TPS solo, à l’ancienne, carré, lisible, sans fioritures inutiles, sans open-world gonflé à l’ennui, sans systèmes qui s’empilent pour masque le vide. Ici tout est simple et assumé. Tu sais pourquoi tu lances le jeu et surtout tu obtiens exactement ce que tu étais venu chercher : du fun et de l'amusement. Ni plus, ni mois. Et dans un paysage où beaucoup promettent tout sans jamais vraiment livrer, c’est presque devenu une qualité rare.
Sa grande force, c’est cette maîtrise de bout en bout. Une idée centrale forte, exploitée intelligemment, une progression propre et un rythme qui ne s’effondre jamais. Et puis il y a cette fin… celle qui vient rappeler que derrière la mécanique, il y a aussi une relation. Et que mine de rien, on s’est vraiment attaché à ce duo lors de nos sessions.
Pragmata est un jeu classique, mais dans la plus pure justesse de ce que le mot classique peut vouloir dire. Le genre de proposition presque rafraîchissante, alors qu’elle aurait été quasi-banale il y a de cela quinze ans. Et franchement, ça faisait longtemps qu'une nouvelle IP ne m’avait pas fait autant de bien ! Merci Capcom !