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Replaced

De la noirceur absolue aux éclats d'humanité

Je dois vous faire un aveu : à la base, je ne suis pas vraiment client des ambiances cyberpunk à la Terminator ou Blade Runner. De même, le genre action-plateforme-puzzle-narratif à la Flashback ou Heart of Darkness ne fait pas partie de mes habitudes. Pourtant, la première fois que j’ai posé les yeux sur le trailer de Replaced, j'ai pris une immense claque. On ne croise pas tous les jours un pixel art aussi somptueux, détaillé et atmosphérique. C’est un véritable bijou visuel, une œuvre d’art en mouvement qui, à elle seule, a suffi à balayer mes réticences initiales et à me donner une envie folle de plonger dans cet univers.



Malgré mon enthousiasme, j’ai tout de même hésité avant de me lancer, car je suis ce qu'on appelle une immense flipette à deux pattes. Si vous êtes comme moi, je vous rassure tout de suite : le jeu ne fait pas peur. Certes, l’ambiance est sombre, poisseuse et radicalement éloignée d’un monde enchanté rempli d'arcs-en-ciel, mais nous ne sommes pas dans un jeu d'horreur.

Développé par Sad Cat Studios et édité par Thunderful Publishing, le titre est disponible depuis le 14 avril 2026 sur Steam et Xbox Series (incluant le Game Pass). Pour moins de 20 €, ou 30 € si vous craquez pour l'excellente bande-son, vous accédez à une expérience solitaire intense d'environ 5 Go qui mérite amplement le détour.



Avant de débuter, le jeu vous propose trois niveaux de difficulté. Fidèle à mon habitude de privilégier la narration, j'ai opté pour le mode facile. Toutefois, les amateurs de challenge préféreront le mode normal ou difficile, où les ennemis sont plus résistants et infligent des dégâts considérables, transformant chaque combat en une véritable épreuve de survie.

Une immersion totale dans les entrailles de Phoenix-City

L'intrigue de Replaced s'ouvre sur Warren, un chercheur aux portes d'une découverte capitale. Assisté par l'intelligence artificielle R.E.A.C.H., il s'immerge dans une connexion neuronale risquée. Mais l'expérience vire au cauchemar : ignorant les protocoles d'urgence, Warren reste connecté malgré l'imminence du désastre.

L’irréparable se produit. Au milieu des décombres d'un laboratoire en flammes, une silhouette se relève après une violente décharge : c’est le corps de Warren, désormais habité par la conscience de R.E.A.C.H. Propulsée dans un monde de chair et d'os, l’IA entame alors une quête désespérée pour regagner Phoenix-City. Son objectif ? Sauver Warren et lui restituer son enveloppe charnelle. En traversant les terres désolées d’une dystopie régie par la sombre Phoenix Corp, notre protagoniste devra composer avec la brutalité de la survie et l’éveil troublant d'émotions humaines.

Une claque esthétique au service de la contemplation



La plus grande force de Replaced réside incontestablement dans sa direction artistique. Le travail sur les éclairages, les animations et la profondeur de champ est tout simplement fabuleux. Chaque plan est une composition millétrée qui force l'admiration. Si la bande-son est à la hauteur de ce spectacle visuel, on regrettera toutefois l'absence de doublages vocaux, ce qui aurait grandement renforcé l'immersion. De plus, l'habillage sonore global manque un peu de relief et de vie, laissant certains environnements étrangement silencieux. C’est dommage, même si ce dépouillement permet paradoxalement de se focaliser davantage sur la beauté plastique des décors.

Replaced réussit là où de nombreuses superproductions actuelles s'enlisent : il prouve avec brio qu'on peut guider le joueur sans le prendre par la main de manière grossière. Alors que les jeux AAA nous imposent trop souvent des rebords maculés de peinture jaune fluo pour indiquer le moindre chemin — brisant au passage toute immersion et cohérence visuelle — l'œuvre de Sad Cat Studios mise sur l'intelligence de son level design. Sauf rares exceptions, l'interaction est organique : on comprend instinctivement où grimper et à quoi s'accrocher. C’est la preuve qu’une direction artistique maîtrisée se suffit à elle-même pour créer une navigation fluide, sans sacrifier le réalisme du décor.



Côté performance, le titre tourne comme plutôt bien sur Steam Deck, mais l'expérience nomade n'est pas forcément la plus recommandable. La densité du pixel art et la finesse de certains détails nuisent à la lisibilité sur un petit écran. Les textes, notamment, mettront vos yeux à rude épreuve. Si c'est votre seule plateforme de jeu, soyez rassurés : l'expérience reste tout à fait jouable et fluide.

La violence artistique d'un ballet mécanique

Côté gameplay, les affrontements m'inquiétaient un peu en raison de leur construction sur un seul plan. Finalement, le système s'inspire avec brio de la saga Batman Arkham de Rocksteady. Tout repose sur un rythme de contres, d'esquives, de corps-à-corps et d'utilisation d'armes à feu. Les combats évoluent un peu au fil de l'aventure, nous forçant à adapter nos stratégies selon les types d'ennemis. Il y a quelque chose de profondément jouissif et de presque chorégraphique à nettoyer une zone sans se faire toucher. La sensation d'impact est bien réelle, rendant chaque victoire esthétique et gratifiante.



Le titre parvient à créer une synergie intéressante entre ses phases d'exploration et ses combats. La pioche ne se contente pas d'être un simple outil de progression pour franchir des obstacles environnementaux. Tandis qu’en plein affrontement, elle permet de briser les armures les plus lourdes, exposant enfin la vulnérabilité des ennemis les plus coriaces.

Une narration profonde entre code et souvenirs

Le jeu brille également par sa narration environnementale. Grâce à un scanner intégré, le Wingman, dont l’interface en vue subjective est incroyablement immersive, vous récoltez des notes et des objets qui enrichissent considérablement le lore. On se prend vite au jeu de la collecte pour comprendre les dessous de cette société. Malgré l'absence de voix, les dialogues sont percutants et bénéficient d'une excellente traduction française. C’est par contre vraiment dommage que nos choix n’aient aucune conséquence.

L'intrigue explore avec brio la double identité du protagoniste, nous faisant revivre les souvenirs de Warren, l'humain original, tout en traitant de la dualité entre la noirceur de l'humanité et ses éclats de lumière inattendus. L'aventure vous mène rapidement à la Gare, le hub central du jeu. C'est ici que vous rencontrerez des figures marquantes comme Yo-Yo dans son atelier, le fougueux Tempest ainsi que sa chérie Veronica, ou encore la Matriarche. C’est ici aussi que vous récupérerez vos quêtes secondaires.

Au-delà des énigmes et des phases de plateforme classiques du genre cinematic platformer, c'est la simple action de marcher que j'ai trouvée la plus plaisante. Le personnage est agréable à manier et les décors sont si prenants que la déambulation devient un plaisir en soi.



Tout n'est cependant pas parfait : le level design reste parfois scolaire et certaines phases de plateforme souffrent de soucis de physique ou d'une lisibilité défaillante. Des pics de difficulté imprévus peuvent engendrer une certaine frustration, mais ces quelques accrocs ne parviennent pas à ternir le plaisir global que l'on prend à parcourir cette œuvre singulière. Vous aurez parfois l’impression d’être dans un die&retry mais heureusement, les temps de chargements sont très rapides et les points de contrôle peu espacés. Le jeu sait quand il faut s’arrêter et vous viendrez à bout de lui en environ 8h-10h.

Nous sommes aussi laids que beaux

Replaced ne nous épargne rien : c'est une œuvre viscéralement sombre. L’horreur s’y manifeste partout, que ce soit à travers les témoignages glaçants que l'on ramasse, la bestialité des ennemis ou la décrépitude d'un environnement rongé par la corruption. Le jeu agit comme un miroir tendu vers les tréfonds de notre espèce, exhumant la cruauté et l'égoïsme dont nous sommes capables. Pourtant, au milieu de cette noirceur, le titre réussit un tour de force : faire remonter à la surface les fragments les plus nobles de l'humanité.



Contre toute attente, une lumière fragile finit toujours par percer les ténèbres les plus denses. Alors que je m'attendais à sombrer dans une expérience purement dépressive — et elle l'est parfois, ne nous mentons pas — je me suis surpris à sourire. Le jeu parvient à créer de véritables bulles de tendresse. On finit par s'attacher sincèrement à ces âmes en peine qui peuplent le hub central. Ces personnages, extrêmement touchants dans leur vulnérabilité, nous rappellent que même dans un monde brisé, la résilience et l'empathie refusent de s'éteindre.

Dommage que le titre souffre parfois de quelques segments qui s'étirent inutilement, cassant légèrement le rythme effréné de l'aventure. Fort heureusement, ces moments restent assez sporadiques pour ne pas entacher mon verdict final. Et puis, difficile de rester rancunier quand le jeu nous offre des parenthèses enchantées, comme la possibilité de s'essayer à des bornes d'arcade d'époque. Ce parfum délicieux des années 80 apporte un cachet fou et permet de pardonner bien des petits défauts.

Points forts

  • Un pixel art 2.5D absolument saisissant.
  • Une BO synthwave qui colle parfaitement à l'univers.
  • Un système de combat percutant.
  • L'utilisation du Wingman et les souvenirs de Warren renforcent l'immersion.
  • Une réflexion profonde sur l'identité et l'empathie, portée par des personnages attachants.

Points faibles

  • L'absence de doublage est vraiment dommage.
  • Un habillage sonore parfois rachitique.
  • Une structure de jeu parfois prévisible avec des pics de difficulté inattendus.
  • Certaines phases de plateforme manquent de précision.



VERDICT: 8/10

Replaced est bien plus qu’une simple prouesse technique ou un hommage nostalgique au pixel art. C’est une expérience sensorielle qui parvient à transcender ses influences pour raconter une histoire d’une humanité bouleversante. Malgré ses quelques rigidités de gameplay et ses silences parfois trop lourds, le titre de Sad Cat Studios captive par sa mélancolie et sa beauté brute. Que vous soyez allergique au cyberpunk ou un mordu du genre, Phoenix-City mérite que l'on s'y égare, ne serait-ce que pour voir cette lumière fragile briller au milieu du chaos.


Critique rédigée par SoosKratoS
Publié le
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