Je n’ai pas le permis de conduire et c'est à peine si je suis capable de différencier une Twingo d'une Ferrari. Voilà qui est dit, la crédibilité est au top.
Et pourtant, j’adore les jeux de voiture arcade sous toutes leurs formes, du charme rétro d'un OutRun à la folie d'un Mario Kart, jusqu'à l'objet de notre critique d'aujourd'hui : la franchise Forza. Précisons d'emblée que je parle ici de la branche Forza Horizon et non de Motorsport. La simulation pure et dure m'ennuie ; ce qui me fait vibrer, c'est la course pour le fun et non pour un réalisme rigide. Sans être un acharné ayant accumulé 400 heures par épisode, j'ai parcouru chaque opus comme un joueur lambda, dévorant le contenu principal, avec une affection particulière pour le deuxième volet.
C’est donc de pied ferme que j’attendais ce Forza Horizon 6, disponible sur PC, Xbox Series, dans le Game Pass, et fait notable pour la franchise, également chez la concurrence sur PlayStation 5. Développé par Playground Games et publié par Xbox Game Studios, le titre est sorti ce 20 mai 2026 au prix de 69,90 € pour un poids titanesque de 150 Go environ sur PC, plateforme sur laquelle je l’ai découvert via le Game Pass.
Sinon, à quand une sortie sur Nintendo Switch 2 ? LOL.
La première claque est évidemment technique : le jeu est d'une beauté absolument ahurissante. Le niveau de réalisme des environnements et des véhicules est phénoménal. Si la direction artistique fidèle à l'esprit Horizon pourra sembler trop sage à certains, le résultat global relève du génie graphique.
La modélisation de Tokyo est elle aussi absolument éblouissante, même si l'expérience s'avère presque surréaliste : la mégapole, habituellement si vibrante, paraît étrangement paisible et vidée de sa foule habituelle. En revanche, le contraste est saisissant avec les modèles humains, qui ressemblent encore à des poupées de cire sans âme ni expression. C'est un point que les développeurs devront corriger, tout comme l'absence persistante d'un véritable mode histoire doté d'une narration profonde. On ne refuserait pas non plus un monde un peu plus dynamique, intégrant davantage d'animaux sauvages, de décors destructibles et une verticalité accrue à l'aide de tunnels souterrains par exemple.
De prime abord, l'annonce d'un virage vers le Japon laissait présager un énième terrain de jeu sympathique, sans plus. Pourtant, bien qu'il hérite des mécaniques de ses aînés, cet épisode transcende sa formule pour offrir bien plus qu'un simple habillage nippon.
Le plus grand tour de force de cette mouture réside dans la liberté totale accordée au joueur. Le simple fait de rouler à l'aveugle, de flâner et d'explorer la carte sans but précis procure un plaisir immédiat. Pour les amateurs de structure, le jeu permet bien sûr de gravir les échelons du festival traditionnel en débloquant des bracelets de couleur pour obtenir de nouvelles épreuves et bolides. Mais la véritable nouveauté s'appelle le mode Discover Japan. Conçu comme un véritable voyage touristique, il invite à explorer la carte à son rythme à travers des courses de rue, des sessions photo, la recherche de mascottes régionales et même des livraisons de plats à domicile. J'adore faire les courses pour Mei ou aider Yuji à dénicher sa prochaine bagnole pour le défilé du festival.
Le multijoueur n'est pas en reste, puisqu'il est possible d'ignorer tout le reste pour s'amuser entre amis, en ligne comme en local, même si le solo reste conseillé pour garnir son garage plus rapidement.
Ici, chaque action est valorisée. Absolument tout ce que vous entreprenez rapporte de l'expérience, des crédits ou des points de prouesse pour améliorer vos machines. Ce système s'avère particulièrement gratifiant et s'adapte à toutes les façons de jouer. Le titre intègre également de puissants outils de création de tracés et de défis, ainsi qu'une option de personnalisation du garage. Bien que ces fonctionnalités spécifiques me laissent de marbre, elles feront probablement le bonheur de la communauté. Côté concessions, le catalogue de voitures semble légèrement plus restreint que dans le volet précédent, mais le choix reste immense et la personnalisation mécanique ou esthétique est toujours aussi jubilatoire. On peut ainsi adopter les créations de la communauté, ce qui m'a permis de piloter une mémorable voiture aux couleurs de Kirby en mode "Transmorphisme".
Le confort de jeu a été rigoureusement étudié : entre le pilote automatique pour rallier un point de repère en admirant le paysage, le voyage rapide, le rewind et les innombrables options de difficulté, l'expérience est d'une fluidité exemplaire. Même les obstacles sont moins gênants que dans les opus précédents ; on se transforme en véritable bûcheron dès qu'on traverse une forêt à 300 km/h. L'intelligence artificielle se paie même le luxe de vous rappeler que vous pourriez faire mieux : si vous enchaînez les victoires, elle vous proposera d'augmenter le niveau pour obtenir un bonus de gains, tout en vous offrant l'option de désactiver définitivement ces suggestions si elles vous agacent. L'assistante vocale ANNA reprend aussi du service pour guider vos sessions. Le titre est taillé pour durer et bénéficiera d'un suivi régulier mêlant ajouts gratuits et extensions payantes au fil des saisons.
Tout n'est pas parfait pour autant dans cet archipel mécanique. Le menu principal, encombré par une infinité de sous-onglets, s'avère particulièrement indigeste à l'usage. Et on a l’impression d’être face au même menu que les précédant opus, alors qu’il y avait sûrement moyen de le rendre plus en lien avec le Japon esthétiquement parlant. Le titre tape néanmoins dans le mille côté Soleil Levant en intégrant massivement des véhicules du marché japonais et, surtout, les mythiques Tōge Battles. Ces duels sur bitume s'inscrivent parfaitement dans l'ADN automobile du pays et s'accompagnent d'une station de radio locale qui apporte une vraie fraîcheur sonore. Le jeu s'autorise même un délire pop-culture total lors de courses rassemblements spectaculaires où l'on affronte des robots géants de type Gundam. Slalomer à 300 km/h entre les jambes de ces méchas colossaux au milieu des néons offre une mise en scène hollywoodienne mémorable, même si l'épreuve s'avère très scriptée.
L'absence totale de doublage en français est par contre extrêmement regrettable pour l'immersion. Bien que les textes soient intégralement traduits, l'absence de doublage français pose un vrai problème d'ergonomie en jeu. Il devient rapidement difficile, voire dangereux, de lire les lignes de dialogue qui s'affichent à l'écran pendant que l'on est concentré sur notre trajectoire.
Sur le plan des regrets plus personnels, l'habillage sonore original est d'une excellente qualité et les bruitages s'avèrent très percutants, mais la possibilité d'intégrer sa propre musique ou ses podcasts via des fichiers MP3 manque cruellement. Enfin, je rêve secrètement de voir la licence devenir le hub ultime de l'arcade en voiture en intégrant des bornes jouables d'anciens classiques (OutRun, Lotus Esprit Turbo Challenge, Chase H.Q., etc.) ou en s'ouvrant à d'autres types de véhicules comme les motos, les camions ou les bateaux sans pour autant trahir son ADN originel. Comptez entre 20h et 30h pour triompher des différentes épreuves et vous faire un nom parmi l'élite du festival, un temps qui s'adaptera selon les aides à la conduite activées. Pour les complétistes, le contrat est tout autre. La quête du 100 % s'annonce dantesque : entre les mascottes cachées, les panneaux de bonus à fracasser, les défis étoiles et des centaines de bolides à collectionner, ce nouvel open-world a largement de quoi vous retenir captif pendant une centaine d'heures. Et je ne vous parle même pas du multijoueur et des outils de création proposés par le titre, qui peuvent à eux seuls, le rendre quasi infini.
Forza Horizon 6 s'impose donc comme un titre incontournable. Playground Games livre une formule parfaitement maîtrisée, exempte de bugs et dotée d'une progression bien plus naturelle et gratifiante que par le passé. Le contenu de base est si généreux qu'il se suffit amplement à lui-même, dispensant les joueurs de repasser à la caisse pour des extensions ou des cartes au trésor s'ils souhaitent simplement s'amuser. Que vous soyez mordu d'automobiles ou simple amateur de sensations fortes, ce voyage au Japon est une étape obligatoire.