Si vous pensiez que prendre le RER B un jour de grève était l'ultime épreuve de survie, c'est que vous n'avez pas encore posé les mains sur Denshattack. Fraîchement débarqué sur la Switch 2, ce titre tout droit sorti de l'ère Dreamcast nous propulse dans le monde ferroviaire nippon façon arcade. Préparez vos billets, ça va secouer.
Le concept de Denshattack! frôle le génie absurde. Dans un futur lointain, la mégacorporation Miraidō a eu la brillante idée d'enfermer les élites japonaises sous d'immenses dômes, laissant le reste de la population se débrouiller à l'extérieur. Notre moyen de rébellion ? Devenir un "Denshattacker". Un excellent prétexte pour traverser le Japon, des campagnes verdoyantes de Kyushu jusqu'aux terres enneigées d'Hokkaido, en affrontant des gangs rivaux pour reprendre le contrôle du réseau ferroviaire. L'histoire ne gagnera pas le prix Goncourt, mais elle offre un prétexte parfait pour enchaîner les séquences improbables. Les dialogues, servis par un excellent doublage japonais (et anglais), dressent le portrait d'une galerie de marginaux attachants. On sourit face au décalage entre la dramaturgie de certaines situations et le fait que notre héros soit littéralement en train de grinder sur un câble à haute tension avec une locomotive de 50 tonnes, entre deux 360°.
La véritable prouesse du titre édité par Fireshine Games est d'avoir réussi à rendre son gameplay instantanément grisant. On aurait pu craindre un jeu de course lourd et pataud, on se retrouve finalement face à un pur héritier des jeux de skate arcade des années 2000. Certes, sauf exception, notre train reste collé à ses rails, mais il dispose d'une liberté de mouvement affolante. D'une simple pression sur la gâchette, la machine effectue un saut, qui permet d'enchaîner les ollies, kickflips et autres figures d'un coup de stick droit, en sautant d'un rail à l'autre pour grinder. La courbe de progression est un modèle du genre : on apprend d'abord à freiner (accessoirement) et à déraper, puis on se surprend très vite à enchaîner les figures aériennes pour faire grimper le multiplicateur de score. Surtout, le jeu amène sans cesse de nouvelles mécaniques de gameplay au fil des 9 chapitres (comptez une bonne dizaine d'heures de jeu pour en venir à bout). Une véritable prouesse pour un jeu censé se dérouler sur rails. Le clou du spectacle reste les affrontements contre les boss de fin de zone. Oubliez le banal train blindé ennemi : on doit rivaliser avec des magical girls à bord de mechas géants, des vers mécaniques titanesques ou encore des balles de baseball géantes. Le jeu assume son côté animé décomplexé jusqu'au bout, et on se croirait vraiment sur un jeu Dreamcast de l'époque bénie de Crazy Taxi et/ou Jet Set Radio. Les références aux lieux emblématiques et à la pop culture japonaise pleuvent de partout, ce qui ravit les weeaboos comme nous. Seul bémol, les boss de la dernière partie du jeu sont vraiment un cran en dessous en termes de mise en scène et de panache. Les nouvelles mécaniques ajoutent aussi une complexité croissante dans la gestion des commandes, et je n'ai pas été convaincu par la dernière feature en termes de gameplay (no spoil). Bien évidemment, il faut refaire les niveaux encore et encore pour aller chercher les meilleurs scores, les médailles d'or, et remplir tous les objectifs en dénichant les chemins annexes. De quoi facilement doubler la durée de vie (déjà solide) du titre. On trouve également tout un volet personnalisation, avec des trains aux caractéristiques différentes et des stickers pour les personnaliser.
Techniquement, Denshattack! ne repousse pas les limites du photoréalisme, mais sa direction artistique en cel-shading tape dans l'œil dès les premières secondes. C'est coloré, lisible malgré la vitesse et le chaos autour des rails, et surtout, c'est d'une fluidité impériale. Le 60 images par seconde est tenu en toutes circonstances, et les chargements quasi inexistants, ce qui pousse inévitablement au syndrome du "allez, juste un dernier essai pour battre le chrono". Enfin, impossible de ne pas glisser un mot sur la bande-son. Undercoders a convoqué une véritable armada de compositeurs de légende (Shoji Meguro, Tee Lopes, Richard Jacques...) pour livrer une OST énergique qui colle parfaitement à la frénésie de l'action.
Denshattack! est la preuve qu'une idée complètement improbable, lorsqu'elle est exécutée avec maîtrise et passion, peut donner naissance à une pépite d'arcade pure. C'est un défouloir jouissif, bourré de charme, qui vous fera oublier toutes vos frustrations liées aux transports en commun et replonger directement à l'époque des Tony Hawk et autres Jet Set Radio. Pour moins de 20 euros, c'est presque du vol légalisé.