Pilotes, démarrez vos moteurs. C'est l'heure de revenir dans le cockpit avec Ace Combat 8 : Wings of Theve. Sept ans après Skies Unknown (hasard du calendrier?), ce nouvel épisode arrive avec l'ambition d'apporter un peu de nouveauté à une formule bien rôdée. De quoi repartir pour quelques heures dans les cieux?
La saga nous a habitués à des intrigues géopolitiques complexes dans l'univers fictif de Strangereal. Wings of Theve ne déroge pas à la règle, en ne froissant personne. L'histoire prend place en juillet 2029 : la Fédération de Central Usea est envahie par la République de Sotoa. On incarne un pilote rescapé, repêché par l'Endurance, un vieux porte-avions reconverti en refuge flottant abritant de nombreux civils. Pour galvaniser des troupes au moral en chute libre, on nous affuble d'un nom de code légendaire monté de toutes pièces : Wings of Theve. Il va falloir assurer. L'idée de base, qui n'est pas sans rappeler Metal Gear Solid 5, est excellente : devoir endosser un mythe artificiel et finir par l'incarner véritablement. Malheureusement, l'exécution s'essouffle au fil de la quinzaine d'heures que dure la campagne. La narration est alourdie par des twists géopolitiques parfois tirés par les cheveux, et par une voix off un peu trop présente. On aurait aimé également que certains aspects intéressants sur le papier soient plus développés, comme l'utilisation d'un mythe en tant que propagande de guerre. Passé quelques heures, le scénario finit par ressembler à un bruit de fond radio qu'on écoute d'une oreille distraite pendant qu'on verrouille ses cibles.
Si l'histoire toussote, le gameplay, lui, passe le mur du son avec brio. Les sensations de vol sont sont crédibles, en gardant un aspect abordable, le pilotage conservant ce feeling purement arcade qui fait l'ADN de la série[/b]. Les virages à fort facteur de charge (High-G turns) sont toujours indispensables pour se glisser in extremis dans la traînée d'un adversaire. La vraie évolution se trouve dans l'assouplissement des manœuvres post-décrochage, plutôt bienvenue pour la fluidité de l'action. Fini le timing au quart de seconde souvent frustrant pour les néophytes dans Ace Combat 7 ; le système est désormais plus permissif. Résultat : on enchaîne les figures spectaculaires pour esquiver un missile de justesse et reprendre l'avantage en plein dogfight.
La grande nouveauté (ou plutôt l'excellent retour) vient de la gestion de l'escadrille. Disparue depuis Ace Combat 5, la mécanique permettant de donner des ordres directs à ses ailiers est de retour, et l'intelligence artificielle alliée se montre redoutablement compétente et efficace sur le champ de bataille. Coordonner une attaque en tenaille sur un escadron ennemi ou demander une couverture rapprochée devient une chorégraphie jouissive. Le moteur physique ne se contente pas de faire joli, la météo ayant une vraie influence sur notre façon de jouer. Les nuages servent de bouclier tactique pour casser le verrouillage des missiles ennemis. Mais y rester trop longtemps entraîne un givrage de la carlingue, ce qui alourdit l'appareil et rend plus compliquée sa maniabilité. Les tempêtes et bourrasques sont également de la partie, déviant notre trajectoire, et transformant les missions de vol en rase-motte en véritable challenge. Entre deux missions, une petite cinématique de transition, et un retour à la base pour faire évoluer notre arsenal. Les phases de briefing sont assez importante pour choisir un arsenal adapté aux objectifs air-air ou air-sol de la mission. Les crédits gagnés en combat permettent de débloquer de nouveaux avions, pièces d'équipement et armements; et de les rendre plus efficaces. On retrouve donc la boucle classique mais efficace de la série : débuter avec des petits coucous, pour finir par s'offir les monstres technologiques les plus récents. Bien entendu, les prototypes fictifs sont encore de la partie.
Visuellement, Ace Combat 8 est une véritable claque. Les formations nuageuses multicouches, les effets de lumière traversant la canopée et la modélisation des carlingues frôlent le photoréalisme. Mais cette beauté a un coût certain. Pour faire tourner le jeu dans de bonnes conditions sans transformer votre PC en réacteur d'appoint prêt à décoller du bureau, il faut obligatoirement jongler avec les options graphiques ou utiliser le DLSS.
C'est peut-être là que le titre surprend le plus. Fini le multijoueur accessoire ajouté à la va-vite, Wings of Theve intègre une expérience en ligne robuste baptisée Ace Combat Online. On y trouve un HUB jouable, permettant de se balader sur une base aérienne avec son avatar personnalisé avant de lancer des missions. Le mode propose du PvP, mais surtout des missions en coopération avec du cross-play total. Le potentiel de rejouabilité explose, d'autant que c'est ici (et une fois la campagne terminée) que la personnalisation visuelle complète des avions et des emblèmes devient accessible, et d'autant plus intéressante. Pouvoir parader avec son coucou dernier cri customisé à quelque chose d'extrêmement satisfaisant. L'obligation de passer par le mode multijoueur pour débloquer certains éléments fera par contre grincer des dents. On a un peu l'impression que les développeurs nous jettent de force dans l'arène pour être sûrs qu'on joue au mode multi.
Ace Combat 8 : Wings of Theve rate peut-être son décollage narratif, mais il compense largement par un gameplay hyper efficace et une réalisation à couper le souffle. Le retour de la gestion de l'escadrille et l'ajout d'un mode multijoueur très riche en font un incontournable pour les amateurs de dogfight. Assurez-vous simplement que votre PC ait le blindage nécessaire avant de vous engager sur le tarmac.