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War Hospital

Tuer n’est pas jouer?

Les jeux de guerre, on en mange pas mal. Mais les jeux de guerre où l’on soigne plutôt que de tuer, ça ne court pas les rues. Alors quand j’ai posé les yeux sur War Hospital pour la première fois, ma curiosité a été piquée. Je m’imaginais déjà rattraper tous mes péchés (virtuels) sur Call of Duty et Escape from Tarkov, en sauvant des vies (virtuelles aussi).

Le major Henry Wells est un homme ordinaire au milieu de cette Grande Guerre qui a ravagé une génération européenne toute entière. Celui-ci vient de perdre son fils au front, lorsqu’il apprend qu’il est lui aussi mobilisé. Sauf que son rôle ne sera pas de participer au massacre, mais plutôt de soigner. Affecté à un hôpital militaire, il va devoir s'efforcer de gérer au mieux pour faire tenir la ligne de front. Et ce major Wells, c’est nous. Le jeu se compose d’une campagne scénarisée en trois chapitres où l’objectif est assez simple : gérer au mieux notre petit camp pour faire survivre le maximum de blessés de guerre, afin d’alimenter la ligne de front, et éviter une invasion allemande fatale. Face à l’afflux régulier de blessés de guerre, il faut réussir à gérer au mieux son personnel, et notamment ses médecins, pour soigner la plupart des patients. Ne vous faites cependant pas d’illusions : soigner tout le monde n’est pas possible, quel que soit le nombre de médecins à disposition. Une bonne gestion de leur jauge de fatigue permet cependant d’optimiser les soins. Mais attention, une fois remis sur pied, il ne s’agit pas de renvoyer tout le monde sur le front, sous peine de réduire le moral des troupes à zéro. Une fois le blessé opéré, c’est là qu’interviennent les infirmiers avec le centre de rééducation. Si tout se passe bien et que le patient reste en vie jusqu’au bout de son traitement, trois choix s’offrent à nous : le renvoyer au front, l’intégrer au QG, ou le démobiliser pour lui offrir une retraite bien méritée.

À l’instar de Frostpunk, le cœur du jeu consiste à nous mettre face à un dilemme moral : on ne peut pas sauver tout le monde, et chaque décision prise pour l’avenir d’un soldat a un impact important sur le plan humain. Ou plutôt, devrait. Car contrairement à Frostpunk, la recette ne fonctionne pas vraiment. Laisser mourir des soldats, ou les renvoyer au front fait son petit effet au départ, puis on comprend vite que cela n’a pas de grandes conséquences en jeu : la petite baisse de moral des troupes est très vite compensée. Plus gênant, le background des personnages n’est pas assez développé pour qu’on s’y attache réellement. Les infos importantes apparaissent sur la petite carte de chaque patient, et consistent essentiellement à savoir leur état (critique ou léger), la difficulté de l’opération et la fatigue générée chez le docteur. On peut toujours cliquer sur le dossier de chaque blessé pour avoir quelques lignes sur son histoire personnelle, mais cela reste très impersonnel et froid. On finit donc bien vite par traiter les dossiers machinalement, tel un employé de la Sécurité Sociale derrière son guichet. Il n’y a donc pas une implication émotionnelle suffisante. Heureusement, de temps à autre, le front nous envoie des blessés “spéciaux”, où le choix va être plus cornélien. Comme par exemple un héros de guerre blessé gravement, qui va pouvoir galvaniser ses compagnons si on le renvoie au front, mais qui a des chances d’y passer...

Globalement, la boucle de gameplay de War Hospital s’avère extrêmement répétitive : on alterne entre l’infirmerie, le poste de secours, le cimetière, la gare et le centre de rééducation, en prenant soin de bien affecter son personnel et surtout, de gérer leur fatigue. Je ne vous cache pas que sur la dizaine d’heures nécessaires à finir le jeu, j’ai dû me forcer un peu sur les deux ou trois dernières. Heureusement, des événements aléatoires viennent rompre la routine qui commence à s’installer, comme par exemple un train qui déraille, emportant tout le précieux matériel de soin tant attendu. À certains moments, le jeu nous met aussi des coups de pression, avec des avancées allemandes.


L’interface n’est pas des plus limpides, ce qui est plutôt gênant dans un jeu où on passe beaucoup de temps dans les menus. Les symboles et les informations sur les patients et sur le personnel ne sont pas clairs, et nécessitent un vrai temps d'adaptation pour s’y faire. Même après une heure de jeu, on est constamment obligé de passer la souris sur des éléments pour se rappeler ce que cela signifie. Côté technique, c’est assez basique et générique. Le quartier manque de vie, et il est par exemple impossible de faire évoluer ses bâtiments pour en modifier l’apparence. Certes, le contexte ne se veut pas le plus fun du monde, mais un peu plus de vie au camp et de possibilités de modifier l’aspect n’auraient pas été de refus.

Verdict: 5/10

L’intention derrière War Hospital était bonne : livrer un jeu de gestion dans un contexte de guerre, mais à partir d’un point de vue peu abordé : celui des soignants (le jeu se présente d’ailleurs dès l’introduction comme un hommage à tout le personnel soignant dans le monde). Malheureusement, on sent rapidement les limites du jeu, aussi bien en termes de boucle de gameplay que de technique. Surtout, le dilemme moral, qui devrait être au cœur du jeu, ne fonctionne pas vraiment. Le titre de Brave Lamb Studio aurait sans doute mérité un peu plus de budget pour nous livrer une expérience plus profonde. Peut-être à l’occasion d’une suite ?

Critique rédigée par Ataru
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