Petit ovni vidéoludique à sa sortie en 2019, Death Stranding a donc droit à sa suite. Une suite qu’on n'attendait pas forcément, tant le premier opus se suffisait à lui-même. Mais en tant qu’énorme fan d’Hideo Kojima et de ses productions, je ne pouvais passer à côté d’un tel titre. Avec enthousiasme, mais également une pointe de perplexité, j’ai replongé dans le monde dévasté de Death Stranding en compagnie de Sam Porter. Voici mon histoire.
Un avertissement de rigueur avant d’aller plus loin : si vous souhaitez faire Death Stranding 2 en n'ayant pas joué au premier, oubliez de suite. Les développeurs ont bien pensé à intégrer un petit résumé des événements, mais celui-ci est bien trop maigre et flou, dans un univers déjà très opaque. Si vous ne vous sentez pas de vous enquiller une cinquantaine d’heures de jeu, optez plutôt pour un bon résumé Youtube. Le jeu a tout de même la bonne idée d’intégrer un “corpus”, autrement dit un lexique que l’on peut consulter à n’importe quel moment (y compris pendant les cinématiques) en cas de trou de mémoire pour les vétérans du premier. Avouez, vous non plus, vous ne saviez plus ce qu’étaient le “ha” et le “ka”.
Pour ceux qui découvriraient ce site, sachez que l'auteur de ce test est un énorme fan de l'oeuvre d'Hideo Kojima qui a été bercé avec la saga Metal Gear Solid, qu'il tient en très haute estime. Par ailleurs, Death Stranding premier du nom rentre sans débat parmi ses meilleurs expériences vidéoludiques de tous les temps.
La première chose qui frappe en découvrant Death Stranding 2, au-delà de sa beauté et son introduction magistrale (j’y reviendrai) , ce sont les similitudes avec le premier opus. On incarne toujours Sam Porter, on porte toujours un bébé, et l’essentiel du casting de Death Stranding est toujours de la partie. L’objectif est toujours de reconnecter la civilisation, qui s’est calfeutrée dans des abris pour échapper aux précipitations mortelles. Pour cela, on branche toujours notre Q-Pidon aux différents terminaux pour étendre le réseau chiral, sorte d’Internet du futur. Mais fini les Etats-Unis. On crapahute maintenant dans deux nouveaux pays (que je ne spoilerai pas ici). Enfin, crapahuter, c’est vite dit. Là où le premier opus nous faisait galérer pendant des heures et des heures à pied avant de débloquer petit à petit des éléments facilitant l’exploration, celui-ci fait presque tout l’inverse. Après quelques livraisons à pattes, c’est très vite la fête du slip, et surtout des véhicules. Ceux-ci sont omniprésents. Moto, pick-up tout-terrain, cargo, monorail, tout y passe. Death Stranding 2 ressemble parfois plus à Snowrunner qu’à Death Stranding. Pour enfoncer le clou, on peut passer quasiment partout avec, le terrain de jeu étant plus adapté et moins sinueux. Et quand on commence à débloquer les améliorations de véhicules, la facilité avec laquelle on récupère les marchandises en devient presque ridicule. Les livraisons sont donc grandement facilitées et plus rapides. Quelques options de confort font également leur apparition, notamment la possibilité de réorganiser automatiquement ses marchandises. On passe donc très vite en mode pilote automatique lors des livraisons, là où dans le premier opus, il fallait davantage planifier et prévoir chaque voyage. On peut toujours réaliser des constructions moyennant quelques matériaux comme des routes ou des ponts, et quelques nouveautés assez loufoques telles que les rampes de lancement. Le mode en ligne permet toujours de bénéficier des constructions des autres joueurs, et il est même possible de faire des demandes de construction. Autant dire que cette rivière profonde devant nous ne constituera pas un obstacle très longtemps. On dispose également d’une base mobile en la personne du DHV Magellan, sorte de vaisseau du futur utilisant les flux de poix (une espèce de mélasse émanant de la grève, le monde entre celui des vivants et celui des morts) pour se déplacer et nous suivre aux quatre coins de la carte. Très pratique, car il permet de stocker ses marchandises, véhicules, ainsi que d’effectuer des voyages instantanés dans certains lieux prédéfinis. Ce vaisseau mère est également le lieu où l’on retrouve régulièrement notre équipage, qui va s’étoffer à mesure de notre progression. Death Stranding misait sur la solitude, Death Stranding 2 opte pour le jeu collectif. La map est toujours aussi impressionnante dans sa construction, donnant l’impression que chaque biome a été taillé sur mesure. Certains panoramas sont tout bonnement à couper le souffle.

Death Stranding 2 fait également la part belle aux phases d’action et d’infiltration, qui n’étaient pas la plus grande réussite du premier opus. Hideo Kojima s’est rappelé au bon souvenir de Metal Gear Solid, pour nous livrer une expérience qui s'approche un peu d’un MGS V : “on te file toute une panoplie d’outils et d’armes, fais-en ce que tu souhaites”. Il est donc possible d’opter pour l’infiltration, ou d’y aller bourrin pour attaquer les camps de MULE (en gros des bandits de grand chemin, bien armés) ennemis, extraire des marchandises ou sauver des otages. À travers les commandes secondaires, on débloque pléthore d’objets et d’armes pour diversifier nos approches. Malheureusement, toutes ces bonnes intentions se heurtent à une IA ennemie particulièrement stupide. En gros, il suffit de rester à bonne distance du camp, se faire voir par un ennemi (qui semble doté d’yeux bioniques capables de nous détecter à 3 km), attendre qu’il vienne nous rendre visite en sortant du camp pour l’étrangler par-derrière. Et bis repetita. Finalement, la plus grande qualité des phases d’action-infiltration de Death Stranding 2, c’est qu’elles donnent envie de relancer une partie de MGS V (ce que je me suis évidemment empressé de faire à peine le jeu terminé). Le jeu tente toujours de créer quelques passages obligés dans des zones pleines d’échoués, ces créatures menaçantes revenant du monde des morts. Ces phases sont bien moins stressantes désormais. Entre les hémo-grenades, les fusils d’assaut et à pompe multifonctions, et l’hémo-boomerang, on a très vite un arsenal de guerre pour les décimer très facilement. Et lorsqu’on est en pick-up, un petit pied au plancher suffit à les semer sans mal. À aucun moment, leur rencontre ne provoque le même sentiment de peur et d’angoisse que dans le premier épisode. Pour parfaire nos compétences Solid Sn… Euh, Sam Porter en herbe, un simulateur est à notre disposition dans notre base. Celui-ci nous propose d’effectuer toutes sortes de missions chronométrées à thème, comme éliminer tous les ennemis avec une arme précise ou récupérer les marchandises dans un temps imparti. Le clin d'œil aux missions VR de Metal Gear est sympa. Toujours au rayon des nouveautés, un arbre de compétence est disponible assez rapidement. Moyennant quelques points glanés lors des livraisons, on peut se mettre une aide à la visée, ou un scanner capable de scanner plus loin. Les combats de boss sont aussi de la partie, et se révèlent un poil plus intéressants que ceux de Death Stranding , mais toujours pas transcendants pour autant (mis à part sur la fin du jeu). En gros, il s’agit toujours de canarder, puis courir se planquer pour échapper aux grosses attaques. Point positif : le jeu propose carrément de skipper un combat de boss si on galère en faisant “semblant d’avoir gagné”.

Ce qu’on gagne en confort de jeu, on le perd en personnalité. Le sentiment de solitude et le parti-pris radical du premier Death Stranding sont presque passés aux oubliettes. Sa suite tente parfois de recréer cette ambiance, mais ça ne fonctionne qu’à moitié. Le meilleur exemple est sans doute le déclenchement de parties de l’OST à certains moments-clé, qui était un peu la marque de fabrique du premier épisode. Sauf qu’ici, introduction mise à part, ça ne fonctionne plus vraiment, et on a plutôt l’impression que le jeu essaye en vain de reproduire l’effet sans y parvenir. Tout ça sonne un peu forcé, et on est loin du sentiment qu’on avait en descendant dans une vallée sur un morceau de Low Roar dans Death Stranding premier du nom. C’est peut-être le plus grand défaut de ce Death Stranding 2 : édulcorer l’expérience de jeu, mais sans vraiment l’assumer. Il en résulte un sentiment un peu étrange manette en main. J’ai souvent eu la sensation de jouer à une espèce d'ersatz, qui n’avait pas compris l’essence même du premier épisode. Au bout de quelques heures, on débloque également un lecteur de musique que l’on peut utiliser à l’envie lors de nos livraisons. J’ai trouvé l’OST en dessous de celle du premier épisode, même si quelques titres parviennent à se démarquer. Le jeu partage la même structure narrative que son aîné, au moins jusque dans les derniers chapitres. On enchaîne les commandes principales et secondaires aux terminaux, et toutes les x commandes principales, le jeu nous demande d’aller là-bas sur la colline pour rencontrer un personnage important et faire avancer le scénario. Les nouveaux personnages sont assez peu nombreux et moins marquants que ceux du premier opus. Certains comme Rainy auraient clairement mérité un meilleur développement. On retrouve globalement tous nos compagnons de route du premier opus, avec leurs caractéristiques si particulières tels que Hearthman, l’homme qui fait un arrêt cardiaque toutes les x minutes. C’est très sympa, mais le souci, c’est qu’on n'est plus surpris ni intrigué par leurs particularités. Certaines séquences semblent même copier-coller du premier épisode, au point que c’en est troublant (mais la toute fin du jeu justifie cela). Le scénario est très fragmenté, avec beaucoup de cinématiques qui ne racontent pas grand-chose. On a l’impression qu’entre l’introduction et la conclusion, tout cela n’avance pas des masses, même si le final est assez réussi, en nous proposant quelques séquences originales. Mais contrairement au premier épisode, l’intrigue est cousue de fil blanc quasiment tout du long, et au-delà des marottes habituelles de Kojima (les relations humaines, la guerre, les armes), on a l’impression que Death Stranding 2 n’a finalement pas grand-chose à raconter. Fan des productions Kojima, j’aurais aimé un peu plus d’audace, par exemple jouer un autre personnage pour renouveler le gameplay. Mais il faut bien avouer que la boucle de gameplay fonctionne encore, se montrant toujours aussi addictive. La différence, c’est qu’on fait désormais moins les choses pour le plaisir du voyage et de la contemplation, et davantage pour débloquer une nouvelle amélioration pour notre fusil à pompe de la mort qui tue.

Côté technique, Death Stranding 2 est à mon sens le premier jeu vraiment “next gen”. Le titre tourne toujours sous le moteur Decima, qui fait des merveilles. Entre la distance d’affichage, le 60 fps tenu en toute circonstances (en mode performance), les textures et la modélisation des personnages, cela relève presque de la sorcellerie. Y compris sur PS5 “fat”. Le titre prend d’ailleurs bien soin de nous décrocher la mâchoire d’entrée de jeu avec une séquence dans les montagnes où l’on assiste à un éboulement au loin. C’est l’une des nouveautés de cet opus : l'apparition d’aléas climatiques comme les éboulements, séismes, tempêtes de sable, avalanches ou montées des eaux. L’effet waouh est garanti, mais elles n’ont pas une très grande incidence sur le gameplay.
Death Stranding 2 est une suite que l’on n’attendait pas forcément. Et plus on y joue, plus on se demande si Hideo Kojima lui-même en était vraiment convaincu. Depuis le premier épisode, tout a été facilité. Les livraisons s’enchaînent plus rapidement, les outils à disposition sont plus nombreux, et l’ensemble est plus fluide. Et c’est paradoxalement la faiblesse de ce Death Stranding 2. Là où le premier opus brillait par sa proposition radicale totalement assumée (et clivante), ce dernier tente de faciliter l’expérience, mais perd grandement en personnalité. À force de vouloir contenter tout le monde, l’expérience se révèle plus fade et édulcorée que la première, à tous les niveaux. Un épisode en mode pilote automatique, qui se parcourt néanmoins sans déplaisir, avec une boucle de gameplay toujours aussi addictive, pour peu qu’on accroche au délire des livraisons. Death Stranding 2 est un bon (voire un très bon) jeu, qui est devenu un peu trop "normal". Il lui manque davantage de choses à raconter, et une touche de magie “made in Kojima” pour venir détrôner le premier dans mon coeur.
Dernière modification le 11/12/2025 à 08:51.
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