Chaque automne ramène avec lui un nouvel épisode de la franchise Call of Duty. Après un Black Ops 6 plutôt convaincant, la série tente un nouveau virage : campagne coopérative et revisitée, retour des classiques du multi, et un mode Zombies qui veut voir grand. Mais à force de vouloir plaire à tout le monde, ce Black Ops 7 ne se perd-il pas en chemin ?
Dès les premiers instants de la campagne, le ton est donné : ce n'est plus vraiment un solo, mais plutôt une expérience coopérative à quatre. Si on peut s’y aventurer en solitaire, le sentiment d’être esseulé est vite palpable. Les sections sont taillées pour le jeu en escouade et jouent clairement la surenchère absurde : robots, zombies, méchas, plantes géantes et gadgets sortis de nulle part… Difficile d’y reconnaître la patte “Black Ops”. Bien entendu, le jeu tente de justifier tout ce cirque par un élément scénaristique central : le Berceau, arme chimique provoquant des hallucinations ; a envahit la région. Mouais... On incarne David Mason, fils d’Alex, face à une menace terroriste incarnée par “La Guilde”, une organisation à la pointe de la technologie de guerre. Les quelques idées scénaristiques ou mécaniques intéressantes sur le papier (arbre de compétences, progression, extraction) sont vite englouties sous une avalanche de clichés, de sacs à PV et d’objectifs génériques. On a l'impression d'être face à un cahier des charges qui ne s'embarrasse pas trop de nous immerger dans son Gloubi-boulga. Dialogues hors de propos, séquences random et difficultés mal calibrées en solo plombent complétement l’expérience. On peine à s’impliquer, et l’ensemble donne l’impression d’une campagne “jetée là” pour meubler, bien loin de la tension ou du rythme de Black Ops II, ou du level design d'un Black Ops 6. Plus frustrant encore, la nécessité d’être connecté en permanence et l’absence totale de compagnons IA rendent l'expériecne encore plus désagréable.

Côté multijoueur, impossible de se plaindre du contenu : modes classiques (Match à mort, Domination, Point stratégique), nouveautés (Engagement, Surcharge), 18 cartes au lancement, retour de modes fun (Prop Hunt, Gun Game)… Black Ops 7 multiplie les options et cherche à contenter tout le monde. Le mode Surcharge, à 6 contre 6, consiste à capturer et transporter un dispositif IEM derrière les lignes ennemies. La coordination est de rigueur pour effectuer des percées au bon moment, ce qui nécessite que tout le monde joue le jeu (malheureusement très rare). En Engagement, on change d'échelle, avec des affrontements à 20 contre 20 sur d'immenses maps. C'est le mode que j'ai trouvé le plus intéressant, me rappelant un peu le feeling d'un Battlefield. Malheureusement, tout est assez chaotique, et on a que trop peu l'impression que nos actions changent le cours d'une partie.
Toute cette générosité dans le contenu masque difficilement un gameplay hyper rapide et brouillon. Bien sûr, la franchise a toujours assumée son côté arcade, mais là; on dépasse les limites de l'entendement. Nos soldats semblent voler sur la carte et peser le poids d'une mouche anorexique. Résultat : des parties au rythme effrené, qui ressemblent souvent à un chaos généralisé. L’équilibrage discutable, la surabondance d’assets recyclés et la présence du tant décrié (skill-based matchmaking) frustrent également. Tout juste retient-on le plaisir simple et immédiat des affrontements, quand les serveurs suivent et que le matchmaking ne se montre pas trop capricieux. Mais l'effet s'estompe très vite.

Véritable pilier pour la communauté, le mode Zombies propose cette année une immense map “Ashes of the Damned”, un paysage tortueux frappé par l'Ether Noir. Sur le papier, le concept est ambitieux : offrir un immense terrain de jeu horrifique, avec plusieurs biomes. De quoi casser la routine des précédents opus. Quatre options de jeu sont proposées. Le mode standard consiste à enchaîner les manches de manière classique. Les vétérans seront ravis de retrouver un mode Survie, où l'unique objectif est de tenir le plus longtemps possible sur des portions de map resserées, et sans objectifs particuliers. Un retour aux bases du survivalisme, en somme. Pour les plus hardcores, le mode Maudit oblige à débuter la aprtie sans attirail autre qu'un petit pistolet. Enfin, les novices peuvent débuter avec le mode Dirigé, sorte d'initiation avec objectifs définis et progression scénarisée. Au-delà des zombies classiques, le bestiaire est sans aucun doute le plus diversifié de la série à ce jour, avec de nombreux mobs elite. Les accros du scoring et du “grind” de skins y verront leur compte, d’autres déploreront une perte du côté horrifique et claustrophobe de l'expérience. Quoi qu'il en soit, s'il y a un mode de jeu qui peut justifier l'investissement, c'est bien le mode Zombie.

La PS5 offre un rendu technique solide : animations fluides, effets lumineux et explosions bien gérés, on est dans les standards de la licence, sans sauter au plafond pour autant. On regrette cependant une surcharge d'éléments d'interface à l'écran, et un petit cliping toujours présent. La B.O. tient la route avec quelques thèmes mémorables, mais la surdose d’effets et le recyclage amoindrissent l’immersion. L’ensemble finit par manquer cruellement de liant et d’âme.
Call of Duty: Black Ops 7 propose un contenu massif, une technique honorable, et sur le papier, tout ce qu'on peut attendre d'un mastodonte du FPS grand public. Hélas, à force de cocher toutes les cases, il finit par oublier l’essentiel : la personnalité, le game design et la cohérence. Campagne coopérative bancale, multi déséquilibré, sensations de tir plus que moyennes... Le résultat ressemble davantage à une accumulation d’idées sans direction claire qu'un jeu bien pensé et construit. L’expérience divertit un court laps de temps, mais lasse et agace très vite. Les fans inconditionnels peuvent y trouver leur compte, mais ceux qui attendent un retour aux sources ou une expérience solo marquante peuvent passer leur chemin; le mode Zombie sympathique peinant à justifier l'achat à lui seul. Un blockbuster en roue libre, symptomatique d’une série qui se cherche plus que jamais une identité et une nouvelle direction.
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