S'attaquer à un monument comme Dragon Quest VII, c'est un peu comme restaurer une cathédrale : il faut dépoussiérer une licence vieille comme le jeu vidéo, sans abîmer l'âme de l'édifice. Square Enix sait y faire, nous l'ayant démontré avec l'excellent Dragon Quest III Remake. Avec cette version "Reimagined", les développeurs nous promettent une aventure plus fluide et accessible d'un épisode qui avait divisé à sa sortie en 2000. Mais à force de vouloir nous prendre par la main, le petit conte épique ne se transforme-il pas en une simple promenade de santé ?.
Dès les premières heures, le constat est sans appel : les développeurs ont eu la volonté de simplifier et fluidifier l’expérience, à l'extrême. Si vous êtes un vétéran de la version PS1 qui aimait se perdre, préparez-vous à un choc. Le jeu verse dans l'assistanat permanent. Fini l'exploration organique (et parfois un peu galère il est vrai). Même plus besoin de parler aux personnages et de lire les dialogues. Désormais, un gros point d'exclamation sur la carte nous indique constamment où aller, et même au fin fond des donjons les plus obscurs, on dispose d'emblée de la carte intégrale sans avoir besoin de la découvrir pas à pas. Les items de résurrection ne servent pratiquement plus à rien, car les membres de l'équipe tombés au combat reviennent systématiquement à la vie juste après (avec un seul point de vie). Le jeu ne pousse plus vraiment à l'exploration et à la gestion minutieuse des objets et équipements avec toutes ces aides , donnant clairement l'impression que l'objectif principal est de faire découvrir la licence aux plus jeunes, ou aux novices du genre. Le bon côté, c'est que là où l'original pouvait être laborieux dans sa progression (il fallait attendre près de 2 heures avant son premier combat!), Dragon Quest VII Reimagined peut tout à fairt servir de point d'entrée dans la licence, voir dans le genre JRPG.
Il faut reconnaître que certaines options de "qualité de vie" sont salvatrices. L'accélération des combats permet d'éviter les animations hyper lentes de l'original, tandis que le "kill" instantané permet carrément de tuer un groupe d'ennemi de niveau inférieur d'une simple pression sur la touche d'attaque sur la carte du monde. Exit donc les longues sessions de farm avec des combats qui se résument à appuyer sur attaque en boucle. La difficulté peut également être ajustée, et le mode difficile est chaudement recommandé pour les vétérans du JRPG, tant le mode normal ne présente aucun challenge (allez, tout au plus quelques boss par ci par là).

C'est sur le plan visuel que ce Dragon Quest VII Reimagined tire son épingle du jeu. Le pari n'était pourtant pas gagné, avec cette direction artistique dans la lignée du dernier film d'animation, et des personnages en mode "poupées", bien loin de la DA de l'original. Et pourtant, tout ça fonctionne étonnement bien en mouvement. Les décors adoptent un petit côté "Diorama" absolument charmant. On a littéralement l’impression de donner vie à nos petites figurines sur un plateau de jeu de rôle. Un rendu qui colle parfaitement au ton du jeu et à l'ambiance de conte qui s'en dégage. Ça respire le voyage. La vue de derrière lors des combats permet d'enfin voir nos personnages agir, ce qui renforce l'immersion. Sur Switch, le jeu tourne étonnement bien, avec un rendu qui approche les versions PS5/ Switch 2, même si la résolution en prend un coup. Oubliez également les 60 fps, pas indispensables pour un JRPG au tour-par-tour. Le bémol technique vient de la caméra. L'angle n'est pas toujours optimal et, frustrant pour un jeu en 3D vue de dessus, il n'est pas toujours possible de la tourner à 360 degrés. De plus, si l'on veut admirer les détails en zoomant (particulièrement en intérieur), il faut impérativement passer par le menu. Une simple gâchette rapide aurait été bien plus ergonomique.

C'est ici que le bât blesse. Dragon Quest a toujours été un JRPG "tranche de vie", une ode au voyage et à l'aventure assez légère. Mais ici, la narration peine à décoller. Le jeu repose sur une boucle de gameplay immuable qui peut lasser : on ramasse des fragments de tablettes, on reconstitue une île, on voyage dans le passé pour résoudre un problème local, et on débloque l'île dans le présent. Et rebelote. Malheureusement, les dialogues sont souvent plats et ennuyeux 90% du temps , et notre groupe de héros manque cruellement de charisme. On a du mal à percevoir de réels enjeux ou à s'investir émotionnellement. Les otpions de qualité de vie ajoutent à l'impression de "rusher" les zones à la vitesse de l'éclair juste pour atteindre le point d'intérêt suivant, subissant de nombreux allers-retours pour des dialogues sans saveur. Cependant, il y a un "après". Après une vingtaine d'heures, une fois l'accès au Temple de Dharma (Alltrades Abbey) débloqué. C'est à ce moment que les enjeux globaux commencent à se lier à la progression de nos personnages. Si les petites histoires restent inégales, la montée en puissance de l'équipe redonne un intérêt à cette structure très répétitive. Les efforts des développeurs pour fluidifer la narration sont appréciables, mais n'y changent rien dans le fond. Dragon Quest VII Reimagined continuera de cliver dans sa structure narrative, qui reste assez éclatée.

Sans surprise, on retrouve un système de combat au tour par tour avec les faiblesses élémentaires classiques. Les buffs et debuffs sont cruciaux contre les boss (en mode difficile). C'est simple, efficace, mais un brin répétitif. Là où ce remake tente de briser la monotonie, c'est par l'introduction du système de double vocation. Contrairement au début du jeu qui se limite à "Attaquer / Soigner", l'accès aux classes (Guerrier, Mage, mais aussi des classes de monstres !) apporte la profondeur nécessaire. Dorénavant, chaque personnage peut se voir attribuer deux vocations, ce qui ouvre la porte à de nouvelles possiblités. Les nouveautés de cette version incluent une visualisation plus claire des arbres de compétences et des compétences hybrides qui se débloquent plus intuitivement. C'est clairement cette chasse aux compétences ultimes qui nous tiendra en haleine là où le scénario échoue parfois. Dragon Quest VII reste un JRPG à système avant tout.
Ce Dragon Quest VII Reimagined est un titre paradoxal. En voulant s'ouvrir au plus grand nombre avec une difficulté par défaut inexistante et un balisage excessif, il perd une partie du sel de l'exploration d'origine. Pourtant, impossible de bouder son plaisir face à cette DA "jouet" magnifique et ces options de confort (combats accélérés, auto-kill) qui respectent enfin le temps du joueur. Un excellent point d'entrée pour les néophytes, mais une promenade peut-être trop tranquille pour les aventuriers chevronnés.
Dernière modification le 16/02/2026 à 18:26.
Commenter