On l’attendait tel un Rathalos guette un steak bien à point. Monster Hunter Stories 3 : Twisted Reflection débarque enfin en ce début d’année bien chargé. Après un Monster Hunter Wilds n'ayant pas forcément fait l'unanimité, Capcom a décidé de muscler son jeu pour ce nouveau spin-off. Suffisant pour renouveler la licence ?
Ce qui frappe d'emblée, c’est le changement de ton, qui tranche assez radicalement avec le côté très enfantin des deux premiers épisodes. Le scénario se concentre sur deux royaumes rivaux, qui vont devoir unir leurs forces face à une menace commune, la “Cristallisation”. Ce fléau, qui se propage à travers le monde et détruit la nature, rendant les monstres fous et agressifs. Le jeu aborde des thématiques graves et actuelles comme les conflits politiques, l’écologie ou encore la cohabitation entre civilisations. La meilleure illustration de cette maturité, c’est qu’on incarne désormais un Rider adulte. Bien sûr, on retrouve aussi des moments plus légers, mais j’ai été surpris par certaines scènes de batailles vraiment épiques. L’introduction, très réussie, nous met d’ailleurs directement dans le bain. Malheureusement, le scénario souffre d’un gros ventre mou en milieu d’aventure, où l'histoire a tendance à s'éparpiller.
Le gameplay reste fidèle à la série, à savoir du JRPG au tour par tour. La formule pierre feuille ciseaux ayant montré ses limites, il était nécessaire de la faire évoluer. Et c’est le cas. Tout l’enjeu reste d’apprendre et anticiper les patterns des monstres, en choisissant l’attaque la plus efficace. Mais le système gagne en complexité et en subtilité, s’apparentant presque à un puzzle game face aux boss. Ces derniers, ainsi que les gros monstres, ne sont plus de simples sacs à pv. Comme dans la série principale, ils possèdent des parties du corps destructibles. Les briser permet non seulement de looter des matériaux, mais surtout d’annuler une attaque qui se prépare, ou de réduire drastiquement sa force pour le reste du combat. En gagnant nos duels et en faisant marcher les synergies avec nos monstres, on remplit une jauge spéciale qui permet de chevaucher notre monstre une fois pleine. Une sorte de power-up temporaire où notre attaque et notre défense sont renforcés durant quelques tours, avec la possibilité d’envoyer une attaque ultime dévastatrice.
Si les combats peuvent paraître simples au départ, on se rend vite compte que les développeurs ont intégré toutes les mécaniques de la série principale, en les adaptant avec brio aux combats au tour-par-tour. La nécessité de gérer les parties destructibles et d’anticiper pour survivre aux grosses attaques rend la formule vraiment accrocheuse. La deuxième partie du jeu offre d’ailleurs un vrai challenge, avec l’arrivée de monstre où il faut vraiment veiller à sa stratégie et à sa composition d’équipe. Les trois vies dont nous et notre monstre disposent en combat peuvent rapidement s’épuiser. Fort heureusement, en cas d’échec, le jeu nous renvoie simplement au précédent checkpoint, sans malus financier ou matériel. Mais outre le scénario, qu’est-ce qui nous pousse à avancer dans cet univers ? Déjà, les environnements et le level design, qui a lui aussi bénéficié d’un gros “step-up”. Le rendu visuel et la direction artistique magnifique, très Breath of The Wild, sont au service de biomes variés, avec un level design exploitant bien la verticalité. On utilise enfin les capacités des monstres pour grimper, voler, et même nager. Chaque monstre dispose désormais de deux actions, ce qui permet d’éviter de sacrifier une place dans notre équipe pour une seule compétence. Par exemple, le Tobi-Kadachi peut à la fois escalader les parois verticales, et faire un petit vol plané. Ces actions en selle servent également à prendre un petit avantage avant un combat. Ainsi, un monstre capable de rugir peut étourdir des ennemis sur la map, permettant de se faufiler tranquillement, tandis que la charge permet de mettre un monstre à terre, synonyme de dégâts gratuits avant même le début du combat. Au lieu d’avancer vers un monstre en appuyant simplement sur la touche d’action pour bénéficier d’une attaque d'opportunité comme dans beaucoup de JRPG, il faut ici choisir la bonne compétence, ce qui est plutôt gratifiant et permet d’éviter la répétitivité. Petit bémol sur l’exploration : des allers-retours qui peuvent irriter, mais les points de téléportation sont là pour y remédier.
Mais le vrai moteur de la progression, c’est la collection de monstres, et la restauration d’habitat. Repeupler les zones ravagées par la Cristallisation, telle est notre mission. Pour ça, il faut faire éclore des monstres, avant de les relâcher dans la nature, afin de faire monter notre rang d’écosystème de la région concernée. Plus ce rang est élevé, plus on a de chances de tomber sur des nids contenant des œufs de rang S, dotés de gènes d’exception. Et il faut avouer que ça fonctionne, du moins sur les premières heures. On se prend assez vite au jeu de la chasse aux œufs rares, même si la boucle de gameplay finit par devenir répétitive au bout d’une dizaine d’heures. Aller chercher des oeufs dans des tanières générées aléatoirement et qui se ressemblent toutes fini par devenir une routine un peu trop “usinesque”. En parallèle, il faut veiller à faire progresser notre Ranger. Cela ne passe pas par une traditionnelle montée en niveaux, mais uniquement par l’amélioration des armes et des armures. On retrouve bien sûr les armes emblématiques de la série principale comme la grande épée, le marteau ou encore l’arc. Chacune inflige un type de dégât spécifique : contondant, tranchant ou perçant. Il faut veiller à toujours bien porter les trois types d’armes sur soi et jongler en plein combat pour exploiter les faiblesses de chaque partie du monstre. Bien entendu, les matériaux récupérés servent à forger de nouvelles armes ou armures et à les améliorer. On regrette toutefois des monstres parfois un peu trop “sacs à pv”.
Techniquement, le jeu tient sans problème ses 60 images par seconde sur Playstation 5. L'ensemble est très propre, sans aliasing apparent, et avec une bonne distance de vue. Malheureusement, il ne semble pas en être de même pour la version Switch 2, dont nous n'avons pu que tester la démo. Entre framerate qui fait le yoyo et flou visuel, il faut être prêt à beaucoup de concessions pour la portabilité. En attendant un futur patch salvateur?
Monster Hunter Stories 3: Twisted Reflection ne révolutionne pas la formule établie il y a dix ans sur 3DS. Il repose toujours sur la même boucle de gameplay : collectionner les œufs de monstre avant de les faire éclore, pour aller taper des méchants monstres. Le titre a toutefois la bonne idée de pousser les curseurs un peu plus loin, à tous les niveaux. Il affine son gameplay en combat et muscle son jeu côté narration et scénario, pour nous offrir le meilleur épisode de la licence à ce jour. Il faudra cependant tolérer l’aspect “farming” toujours présent, et les nombreux systèmes et sous-systèmes pas toujours très utiles pour les combats de base.